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territoire du Parc naturel régional du Verdon

REGAIN, une démarche pour accompagner l'évolution des pratiques agricoles vers des agrosystèmes plus durables

Plateau de Valensole [04]

Résumé

Le plateau de Valensole est situé sur le territoire du Parc naturel régional du Verdon.
L’agriculture de ce territoire a connu de profonds changements durant ces dernières décennies, la culture du lavandin et du blé dur devenant majoritaires. Désormais, cette petite région agricole fait face à plusieurs problématiques agro-environnementales : les nappes d’eau souterraines sont polluées par des résidus de produits phytosanitaires et des nitrates qui ont conduit à la fermeture de certains captages, la biodiversité est fragilisée par l’homogénéisation des paysages et les exploitations spécialisées sont davantage exposées aux aléas.
De plus, le sol, privé des apports de matière organique issues de l’élevage qu’il connut jadis, et laissé nu dans la culture du lavandin, est soumis à une intense érosion.
Pour faire face à ces enjeux, la démarche agro-écologique REGAIN est lancée dès 2014. L’objectif : accompagner les agriculteurs vers des pratiques agroécologiques pour leur permettre une transition vers des systèmes agricoles viables économiquement, tout en favorisant la biodiversité et l’environnement.
Broyage de l’inter-rang d’un champ de lavandin, implanté avec un mélange de fabacées (légumineuses fixatrices d’azote) et de brassicacées (crucifères avec des racines structurantes) © Parc naturel régional du Verdon
Broyage de l’inter-rang d’un champ de lavandin, implanté avec un mélange de fabacées (légumineuses fixatrices d’azote) et de brassicacées (crucifères avec des racines structurantes) © Parc naturel régional du Verdon
Prélèvements de sol pour analyse Hiver 2023 © Parc naturel régional du Verdon
Prélèvements de sol pour analyse Hiver 2023 © Parc naturel régional du Verdon
Réunion du GIEE Essen’Sol © Parc naturel régional du Verdon
Réunion du GIEE Essen’Sol © Parc naturel régional du Verdon
Plantation de haies © Parc naturel régional du Verdon
Plantation de haies © Parc naturel régional du Verdon

Fiche identité

  • Porteur(s) du projet : Parc naturel régional du Verdon
  • Partenaire(s) technique(s) :
    • Organismes de recherche : ARVALIS, CRIEPPAM
    • Coopératives et négoces agricoles
    • INRAE - UMR Eco et Sol
    • Fonds de sauvegarde pour la lavande en Provence
    • Agribio 04
  • Partenaire(s) financier(s) :
    • Agence de l’Eau Rhône-Méditérannée Corse
    • Région Provence-Alpes-Côte d’Azur
    • ADEME
    • Etat via le CASDAR
    • Au début de la démarche, l’Union Européenne et Durance Luberon Verdon Agglomération (DLVA) ont également participé au financement
  • Période :
    • Depuis 2014 à aujourd’hui
    • Depuis 2017, création du Réseau Sol

Contacts


En savoir plus

Objectifs du projet

Les objectifs de la démarche REGAIN sont doubles :
  • Reconquérir la qualité des eaux souterraines et cultiver les externalités positives des agrosystèmes ; et,
  • Optimiser la multi-performance des exploitations agricoles dans un contexte de changement climatique.
Ceux-ci se décomposent en 7 objectifs opérationnels :
  • Améliorer la fertilité des sols ;
  • Préserver la biodiversité pour favoriser les services écosystémiques ;
  • Diversifier les paysages agricoles du plateau du Valensole ;
  • Diminuer la dépendance des intrants et optimiser leur utilisation ;
  • Développer une plus grande valeur ajoutée sur les productions ;
  • Développer l’échange et la coopération entre agriculteurs ;
  • Sécuriser la production dans un contexte de changement climatique.

Contexte

Situé dans les Alpes-de-Haute-Provence, le plateau de Valensole est caractérisé par un climat méditerranéen. Ce territoire héberge une riche biodiversité patrimoniale (Outarde canepetière, Œdicnème criard, Busard cendré …) et est une région agricole caractérisée par des exploitations de grande taille, fruit de profonds changements ces dernières décennies.
Aujourd’hui, près de 26 000 hectares sont exploités par 260 exploitants, avec une spécialisation dans les grandes cultures et les plantes à parfum.
L’évolution des pratiques agricoles a occasionné plusieurs problématiques agro-environnementales. En 2014, face à ces constats, 4 structures se sont alliées afin de faire évoluer les pratiques agricoles vers des pratiques agroécologiques. Ainsi, le Parc naturel régional du Verdon, la Chambre d’Agriculture des Alpes-de-Haute-Provence, la Société du Canal de Provence (SCP) et la chaire d’entreprise AgroSYS, se mobilisent.

Mesures mises en œuvre

Depuis le lancement de la démarche, de nombreuses actions ont vu le jour, à travers plusieurs thématiques :

La fertilité des sols

Débutés en 2015, les travaux sur cette thématique ont tout d’abord donné lieu à des états des lieux des sols du plateau du Valensole avec l’aide d’étudiants en 2015 puis en 2019.
En 2017, le Réseau Sol démarre.
Il a pour objectif, au travers d’un groupe d’agriculteurs volontaires :
  • De dresser un état des lieux et de suivre de manière régulière la qualité des sols d’un point de vue physico-chimique et biologique ainsi que son lien avec la productivité et la durabilité des agrosystèmes ;
  • De suivre l’état sanitaire des plantations ;
  • De suivre l’aspect économique des exploitations ;
  • D’initier et suivre des expérimentations agroécologiques ;
  • De proposer un cycle de formations sur la vie du sol, les matières organiques, la fertilisation, avec notamment l’organisation de journées techniques.
  • De favoriser les échanges de pair à pair.
Piloté par le Parc du Verdon, il rassemble 4 autres partenaires : le Centre Régionalisé Interprofessionnel d’Expérimentation en Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales (CRIEPPAM), la chambre d’agriculture des Alpes-de-Haute-Provence, la SCP et l’Unité Mixte de Recherche Eco&Sols.
Dans le cadre de ce réseau, 4 campagnes de suivi de la qualité des sols ont eu lieu en 2017, 2019, 2023 et 2025.
En 2025, ce sont 36 exploitations agricoles lavandicoles, pour 46 parcelles qui ont fait l’objet d’un suivi pédologique, agronomique et économique.
Des premiers résultats sont visibles depuis 2017 :
Une majorité de parcelles suivies ont vu leur matière organique se maintenir ou augmenter légèrement, sachant que plus le taux de matière organique est haut sur une parcelle, meilleur est le rendement.
En 2020, l’ensemble des travaux menés à travers le Réseau Sol sont valorisé par l’édition d’un guide pédagogique sur la fertilité des sols en culture de lavandin à destination des agriculteurs.
En 2023, le projet COUVIVER voit le jour. Piloté par le CRIEPPAM, il a pour objectif d’affiner les recherches sur les couverts végétaux hivernaux qu’on plante entre les rangs de lavandins.
En parallèle, un Groupement d’Intérêt Economique et Environnemental (GIEE) est créé sous le nom GIEE Essen’sol, en 2020. Cette création découle de l’initiative de 9 exploitants agricoles déjà engagés dans la démarche REGAIN. Animé par le Parc du Verdon, l’objectif du GIEE est d’expérimenter, de développer, transmettre et communiquer sur les pratiques agroécologiques récentes mise en place dans leurs agrosystèmes. Trois thématiques sont explorées : les couverts végétaux, la gestion des pailles de lavandin et la diversification et l’allongement des rotations.

La diversification des cultures et des paysages

Lancés en 2015, les travaux sur cette thématique ont d’abord conduit à la réalisation d’un stage sur le rôle et le devenir des infrastructures agroécologiques sur le plateau, ainsi que leur perception par les agriculteurs.
Par la suite, en 2018, un travail sur les différents scénarii d’insertion de légumineuses dans les rotations du plateau de Valensole est réalisé.
En 2022, le projet Diversycole est lancé avec pour chef de file la coopérative DURANSIA, ainsi qu’Agribio 04, Arvalis, la Chambre d’agriculture des Alpes-de-Haute-Provence et la SCP. Il a pour objectif d’expérimenter différentes formes de diversification des cultures. Depuis 2017, on observe une augmentation des surfaces en céréales, en sauge et autres plantes à parfum, aromatiques et médicinales (hors lavandin-lavande).
Par ailleurs, des modélisations de l’impact du changement climatique sur des exploitations qui se diversifient ou non voient le jour.
Dernièrement, en 2025, des étudiants ont travaillé sur les leviers de diversification face à la baisse d’attractivité du lavandin.
En parallèle, des actions menées sur la diversification des cultures, un programme de plantation de haies a permis l’implantation d’un total de 14 km de haies :
  • 6,4 km de haies et d’un pré-verger de 3000 m² chez 18 agriculteurs, entre 2016 et 2018.
  • 7,5 km de haies chez 13 agriculteurs, entre 2017-2024.

L’irrigation dans un contexte de changement climatique

Ces travaux, pilotés par la SCP, ont pour objectif d’étudier l’exposition aux risques climatiques et les consommations d’eau des irrigants SCP, mais aussi d’accompagner les exploitations membres vers des pratiques économes en eau.
En 2017, deux stages ont permis d’étudier les impacts agro-environnementaux de l’irrigation ainsi que les besoins en eau et le suivi de dépérissement du lavandin par télédétection.
En 2019, le réseau « Irrigation de résilience » est lancé. 12 parcelles, en conditions irriguées ou non irriguées, ont été instrumentées avec différents capteurs pour suivre l’exposition des plantes au stress hydrique. L’objectif était de mieux connaître les périodes de vulnérabilité du lavandin au fil de la saison et d’apporter des conseils aux agriculteurs équipés en leur fournissant un appui au pilotage de leur irrigation.
En 2021, un rapport de fin d’études permet de mettre en évidence les besoins du lavandin et les résultats agroéconomiques de l’irrigation.
En 2022, un stage étudie l’impact de l’accès à l’eau sur la diversité des rotations et les assolements.

La fertilisation des cultures céréalières et lavandin

Chaque année, des suivis de reliquats azotés sont réalisés en début d’hiver et permettent de connaître la quantité d’azote dans le sol au moment du début du développement du blé dur.
Cette donnée aide l’agriculteur à ajuster précisément sa fertilisation azotée (ni surestimée, ni sous-estimée) en fonction des besoins du blé dur à cette période.
Ce travail permet d’avoir une réflexion sur la succession culturale avec des données chiffrées de rentabilité, selon différentes pratiques agricoles et différentes rotations.
Depuis 2021, des travaux sont réalisés sur les suivis des reliquats azotés sur lavandin. L’objectif de ce travail est d’améliorer les connaissances sur le pilotage de la fertilisation azotée de cette plante à parfum. Le lavandin est la culture la plus présente sur le plateau de Valensole.

Les itinéraires techniques

Des suivis sur les itinéraires techniques sont effectués annuellement sur une quarantaine d’exploitations du plateau de Valensole. Ces travaux permettent de synthétiser les Indicateurs de
Fréquence de Traitements phytosanitaires (IFT) moyens par culture, les apports azotés moyens par culture à l’échelle du plateau de Valensole afin d’orienter et d’optimiser les actions à mener sur les cultures en visant un ajustement à leurs besoins réels.

Communication

Les retombées positives du projet

Après plus d’une décennie de démarche engagée, plusieurs retombées positives sont déjà observées :
  • C’est une démarche fédératrice et dynamique qui séduit de plus en plus d’agriculteurs.
  • Elle mobilise de nombreuses ressources humaines et plusieurs financeurs.
  • Elle réunit différentes structures et acteurs avec des compétences complémentaires.
  • De nombreuses ressources ont été capitalisées, diffusées et valorisées depuis le début de la démarche (journées techniques, guides pratiques, vidéos…).

Les points de vigilance

Près de 10 ans après son lancement, la démarche connaît des points de vigilance et des limites :
  • Les pratiques agroécologiques sont mises en place sur quelques parcelles des exploitations agricoles adhérentes à REGAIN. Mais ces pratiques ont du mal à être étendues sur l’ensemble du parcellaire des exploitations agricoles suivant la démarche.
  • Au-delà d’un cercle d’agriculteurs initiés et motivés, la démarche a des difficultés à convaincre les autres exploitants présents sur le territoire.
  • Il est important de noter que les filières lavandicoles connaissent des difficultés économiques car elles sont de plus en plus confrontées aux aléas climatiques et à des maladies. Cette problématique peut en partie expliquer les difficultés de la démarche à s’étendre sur l’ensemble du parcellaire des exploitations et à convaincre au-delà du cercle d’agriculteurs initiés.
  • Par ailleurs, en 2019, un rapport d’évaluation de la chaire AgroSYS mettait en avant plusieurs écueils :
    • Un manque d’objectifs et d’indicateurs chiffrés pour analyser la réussite des actions menées. A l’heure actuelle, ce biais est en train d’être rectifié.
    • Les vecteurs de communication à destination des agriculteurs sont peu lus. Un travail est en train d’être mené afin d’améliorer leur participation, notamment en élargissant les thématiques.

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Mise à jour le 17/03/2026

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